Désertification en Iran: 14 millions d’hectares en zone critique, les solutions locales face à un défi Mondial

Téhéran – KajPress
Traduit par : Faranak Masoudi | 18 juillet 2026
Alors que l’ONU alerte sur l’accélération de la dégradation des terres à l’échelle planétaire, l’Iran – dont près de 14 millions d’hectares de zones désertiques sont jugés critiques – restructure sa stratégie. Entre innovations agronomiques, gestion intégrée des bassins versants et savoirs ancestraux, le pays déploie des réponses locales pour préserver sa sécurité alimentaire face au changement climatique.
Un changement de paradigme: vers une gouvernance intégrée des terres
Dans la lignée des recommandations de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) et des résolutions de la COP16 (Riyad), la lutte contre l’aridité ne peut plus se faire de manière isolée. En Iran, cette transition se traduit par une gestion globale des écosystèmes. Selon le Dr Gholamreza Salehi Jozani, vice-président de l’AREEO (Organisation de la recherche, de l’enseignement et de la vulgarisation agricoles), l’approche moderne repose désormais sur une « gouvernance territoriale intégrée ». Cela implique une surveillance étroite par satellite des ressources, le développement de variétés de cultures tolérantes à la sécheresse et à la salinité, ainsi qu’une optimisation numérique de l’irrigation pour réduire la pression sur les aquifères.
14 millions d’hectares sous haute surveillance
Situé dans une zone aride et semi-aride, l’Iran subit de plein fouet les effets de la désertification. Reza Aflatouni, président de l’Organisation des ressources naturelles et des bassins versants de l’Iran, précise que sur les 32 millions d’hectares de terres désertiques que compte le pays, 14 millions d’hectares requièrent des interventions d’urgence. L’adoption d’une législation stricte sur la gestion des bassins versants (Watershed Management) et la restructuration des modèles de culture selon les spécificités hydro-climatiques régionales constituent les piliers de cette politique de résilience.
De l’expérimentation à l’action: fixer les sables mouvants de Khouzistan à Sistan
Sur le plan pratique, l’Institut de recherche sur les forêts et les pâturages de l’Iran développe des solutions biologiques et physiques pour stabiliser les dunes et limiter les tempêtes de sable (dust storms). Le Dr Ali Alizadeh Aliabadi, directeur de l’institut, souligne le succès des projets menés dans la province du Khouzistan (sud-ouest), associant reboisement ciblé, aménagement hydraulique et collecte des eaux pluviales. Ces techniques sont actuellement transposées dans la région du Sistan (sud-est). L’introduction d’espèces végétales hautement résilientes telles que l’Haloxylon, le Tamarix aphylla et l’Atriplex contribue activement à restaurer le couvert végétal et à freiner l’érosion éolienne.
Le rôle central des communautés locales
L’expérience iranienne démontre que l’ingénierie environnementale reste inefficace sans l’adhésion des populations. La pérennité des projets repose sur l’intégration des savoirs traditionnels locaux (indigenous knowledge) aux côtés de la recherche scientifique. En impliquant directement les agriculteurs et les éleveurs dans la restauration des pâturages, l’Iran tente non seulement de stabiliser ses sols, mais aussi de freiner l’exode rural, garantissant ainsi la souveraineté alimentaire à long terme dans un environnement hostile.

















